DIVINES ADORATRICES

ET CHANTEUSES DE KARNAK

Actualité

Qui étaient ces femmes prêtresses, épouses ou chanteuses, qui officiaient à Thèbes au sein de l’Égypte pharaonique, il y a trois mille ans ? C’est ce que nous révèle une passionnante exposition du Musée de Grenoble, en partenariat avec le Louvre.

Par Véronique Granger

 

On sait grâce aux hiéroglyphes de son cercueil, conservé au Musée de Grenoble, qu’elle s’appelait Hénouttaneb et qu’elle était une des chanteuses du dieu Amon sous la XXIe dynastie, entre 1069 et 943 av. J-C.

Depuis quelques semaines, elle a retrouvé sa presque sœur Hatchepsout, dont le sarcophage tout aussi richement orné a quitté provisoirement le Louvre.

Toutes les deux officièrent au temple de Karnak, à Thèbes (l’actuelle Louxor), alors le plus vaste centre économique et religieux d’Égypte.

Quel était précisément le rôle de ces nombreuses femmes, « maîtresses de maison » ou divines adoratrices, qui entouraient le culte du roi des dieux en cette troisième période intermédiaire ?

C’est sur ce mystère que l’exposition-événement du Musée de Grenoble lève aujourd’hui le voile, rassemblant pour la première fois des objets plurimillénaires éparpillés entre Grenoble, Paris, Londres, Figeac ou Berlin… Comme autant de pièces d’un même puzzle.

 

>  DE L'ISÈRE À KARNAK

 

Les trois quarts de ces pièces proviennent du musée du Louvre. Elles complètent la collection égyptienne du Musée de Grenoble, qui est la troisième plus importante en région – avec notamment, 12 cercueils magnifiques. Étudiée par Champollion, elle fut constituée au fil des siècles derniers à partir du fonds initial des Antonins, jusqu’au don du comte de Saint-Ferriol – l’un des érudits dauphinois qui firent le voyage en Égypte au XIXe siècle.

“La présentation actuelle n’est pas du tout pédagogique et je souhaitais depuis longtemps la remettre en lumière, explique le conservateur du Musée de Grenoble, Guy Tosatto.

De son côté, le musée du Louvre voulait valoriser ses collections en région. Cette exposition n’est que la première phase d’un partenariat sur trois ans, qui aboutira à une nouvelle présentation permanente en 2022, pour les 200 ans du déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion.”

En attendant, le Musée de Grenoble nous invite à un fascinant voyage dans la cité de Thèbes, il y a trois mille ans.

Loin du faste des pharaons et des grandes pyramides, il nous ouvre à une Égypte méconnue où les femmes, déesses ou épouses, occupaient un rôle spirituel majeur. En superficie comme en nombre d’objets, c’est sans doute la plus grande exposition jamais organisée par le Musée de Grenoble.  

 

ZOOM

UNE COLLECTION REMARQUABLE

À 720 kilomètres du Caire, dans la vallée du Nil, Thèbes est l’une des plus anciennes et glorieuses capitales de l’Égypte pharaonique.

C’est de la nécropole thébaine que provient une part importante de la collection grenobloise. Le premier catalogue fut établi en 1812 par Jean-François Champollion, père de l’égyptologie moderne.

Elle totalise aujourd’hui 400 pièces – 12 cercueils (certains magnifiquement conservés), mais aussi des bas-reliefs et divers objets funéraires.

Rendez-vous en 2022 pour la redécouvrir dans son contexte historique.

 SERVIR LES DIEUX D'ÉGYPTE EN IMAGES 

Fond du cercueil de Tanakhtentahat, maîtresse de maison et chanteuse d’Amon. Troisième période intermédiaire, 21e dynastie, 1069 – 943 av. J.-C. Bois peint. Don G. de Saint-Ferriol, 1916. (collection du comte Louis de Saint-Ferriol). Musée de Grenoble © JL Lacroix.
Simulacres de vases canope au nom de Padiouf, prêtre ouad entrant à Karnak et menuisier du roi dans le domaine d’Amon. Troisième période intermédiaire, 1069 – 655 av. J.-C. Bois peint. Paris, Musée du Louvre - © C.Décamps
Stèle d’Irethorrou, portier du temple d’Amon, en adoration devant les dieux et génies funéraires. Troisième période intermédiaire, 25e dynastie, 700 – 655 av. J.-C. Bois enduit et peint. 1826 (collection H. Salt). Paris. Musée du Louvre © H.Lewandowski.
Vignette du livre des morts d’Ankehesenaset. Troisième période intermédiaire, fin de la 21e dynastie, 1069 – 943 av. J.-C. Papyrus. Paris, Bibliothèque nationale de France.
Cercueil intérieur momiforme de Soutymyès. Troisième période intermédiaire, 21e dynastie, 1069 – 943 av. J.-C. Bois stuqué et peint. Paris, Musée du Louvre.
Cercueil de Néhemsimontou, porteur de la barque d’Amon (3e rang). Troisième période intermédiaire, 22e – 25e dynastie, 750-700 av. J.-C. Bois peint. Musée de Grenoble.
Stèle de Padiset, père du dieu Amon-Rê, scribe des rameurs. Troisième période intermédiaire, 22e dynastie, 943 – 735 av J.C. Bois peint. Paris. Musée du Louvre.
Statuette d’Isis allaitant Horus dédiée pour Aménardis. Troisième période intermédiaire, 25e dynastie, 710 – 678 av. J.-C. Grauwacke. Paris. Musée du Louvre.
Chanteuse de la Résidence d’Amon Mésesamon. Troisième période intermédiaire, 22e dynastie, vers 800 av. J.-C.Bronze. Musée égyptien de Berlin (SBM).

PRATIQUE


EXPOSITION SERVIR LES DIEUX D'ÉGYPTE

Au Musée de Grenoble. Jusqu’au 27 janvier 2019.

Gratuit pour les 6-26 ans et pour tous chaque premier dimanche du mois. Nocturnes les vendredis soir jusqu’à 20 h 30.

Contact : 04 76 63 44 44
 

Musée de Grenoble

REPÈRE


BIENTÔT UN MUSÉE CHAMPOLLION EN ISÈRE
 

Jean-François Champollion (1790-1832), déchiffreur des hiéroglyphes, séjournait très régulièrement à Vif chez son frère aîné Jacques-Joseph, consacrant de longues heures à étudier la civilisation égyptienne.

La maison familiale a conservé, outre des décors intérieurs, de nombreux objets personnels, une bibliothèque de 1 000 ouvrages, ainsi que la correspondance des deux frères, aujourd’hui aux archives départementales.

Ce fonds exceptionnel, propriété du Département depuis 2001, sera bientôt accessible à tous avec l’ouverture du musée Champollion en 2020.

Premier musée dédié à la naissance de l’égyptologie et à l’historiographie de cette discipline, il nous fera voyager de l’Isère jusqu’aux rives du Nil.

Publié le : 
11 novembre 2018