L'INGÉNIEUR

DES RIVIÈRES

Grandeur nature

Il a frôlé l’extinction. Mais heureusement, cet architecte ingénieux a survécu et recolonise nos rivières. En Isère, le castor vit le long des grands cours d’eau et de leurs affluents, parfois jusqu’au cœur des villes. Rencontre avec le plus gros rongeur d’Europe. 

Par Sandrine Anselmetti
Crédit photo : R. Masson

 

Le castor entoure l’homme depuis des millénaires, comme en témoignent des centaines de noms de villes ou de rivières dérivés de « bièvre », son ancienne désignation.
 
Mais au début du XXe siècle, chassé pour sa fourrure et sa viande, il a failli disparaître. Son classement sur la liste des espèces protégées, dès 1909, a permis de le sauver.
 
En Isère, le castor fait son grand retour depuis les années 1990, suite à une recolonisation naturelle à partir de la basse vallée du Rhône, où vivaient les derniers spécimens, et à des programmes de réintroduction.
 
Il vit aujourd’hui le long du Rhône, de l’Isère, du Drac et de leurs affluents. Il a notamment élu domicile dans les espaces naturels sensibles de la Save, en Nord-Isère, et du bois de la Bâtie, à proximité de Grenoble.
 
Au Moyen Âge, du fait de son mode de vie semi-aquatique et de son étrange queue plate à écailles, il était considéré comme un poisson (sa viande était d’ailleurs consommée le vendredi !).
 
S’il est un excellent nageur, notamment grâce à ses pattes arrière palmées, le castor est pourtant bien un rongeur, comme l’indiquent ses dents à croissance continue, capables de couper le bois le plus dur.
 
C’est même le plus gros d’Europe (plus d’un mètre de long, 30 centimètres de queue, et 20 kilos en moyenne) ! Mais contrairement à la plupart des rongeurs, ce mammifère d’eau douce ne fait qu’un ou deux petits par an. 
 
 

> UN ANIMAL FASCINANT ET MULTITÂCHES

 

La famille castor se compose de deux à six membres. Les jeunes restent deux ans avec leurs parents, le temps de leur apprentissage. Car le castor a plusieurs « métiers » : plongeur, bûcheron, ingénieur hydraulique, architecte, charpentier, jardinier !
 
Un animal fascinant qui possède de nombreuses facultés lui permettant de modifier son environnement. Si le castor est très discret car nocturne, les traces de sa présence sur les berges sont facilement remarquables : arbres « taillés en crayon », branches écorcées, traces de dents sur les arbres, huttes…
 
Le castor européen construit assez rarement des barrages, contrairement à son cousin du Canada. Il ne le fait que lorsque la profondeur d’eau est insuffisante. Exclusivement herbivore, il se nourrit de feuilles, plantes herbacées, bourgeons et d’écorces de saules et peupliers (ses arbres préférés), qu’il détache grâce à ses puissantes incisives.
 
L’hiver, il n’hiberne pas et sa nourriture se compose uniquement d’écorces. 
 
Bien qu’il coupe des arbres, le castor est un vrai promoteur de biodiversité, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Les arbres abattus font des rejets et s’enracinent ensuite plus profondément, limitant ainsi l’effondrement des berges. Ses réserves de branchages sous l’eau, notamment pour l’hiver, fournissent aussi de nouveaux habitats et des refuges à nombre d’espèces.
 
Le « père castor » est un animal définitivement pacifique… et sympathique.
 
 
 

 LE CASTOR EN IMAGES... 

Avec un poids qui peut atteindre jusqu’à 35 kilos, le castor est le plus gros rongeur d’Europe.
La queue, c’est un peu le couteau suisse du castor. Elle lui sert à la fois de gouvernail, de réserve de graisse, de régulateur thermique et d’appui pour se redresser. En cas de danger, il la frappe violemment à la surface de l’eau pour donner l’alerte. La femelle, quand elle met bas, recueille ses petits sur sa queue.
Le castor est exclusivement herbivore. Il mange souvent dans l’eau, où il se sait en sécurité. Sur la terre, il ne s’éloigne jamais à plus de 30 mètres du rivage.
Un indice de la présence du castor qui ne trompe pas : les arbres taillés « en crayon », près du rivage.
Souvent défendue par un amas de branchages, l’entrée du terrier du castor se trouve sous l’eau, où il peut rester une dizaine de minutes sans respirer.
Quand le castor ressemble à… un singe !

ZOOM

 

> CINQ CHIFFRES SUR LE CASTOR

  • 20 kg : c’est le poids moyen d’un castor adulte, l’équivalent d’un chevreuil ! Les plus gros peuvent atteindre 35 kg.
  • 2 kg : c’est le poids en feuilles, écorces et plantes herbacées qu’il ingère chaque jour.
  • 75 % : c’est le taux de fixation de l’oxygène dans ses poumons, contre 15 % chez l’homme. 
  • 7 km/h : c’est la vitesse que peut atteindre le castor sous l’eau, grâce à sa forme hydrodynamique. 
  • 800 mètres : c’est la distance qu’il peut parcourir durant une plongée de routine.
 

REPÈRES

 

> UN AIR DE FAMILLE

 

À ne pas confondre avec son « cousin » le ragondin (myocastor coypus), le castor se fait discret (en tout cas pour son observation physique).

Il a une nage très coulée, avec le corps presque immergé, sauf la moitié supérieure de la tête.

Le ragondin nage en surface, la totalité de la tête et le haut du dos émergent.

Il se distingue aussi du castor par sa taille inférieure, ses épaisses moustaches blanches et sa longue queue fine.

Publié le : 
03 mars 2018