EN ISÈRE,

LA CHIMIE SE RÉINVENTE

Economie

Avec trois plateformes centenaires et 5 100 emplois, au sud de Grenoble et à Roussillon, la chimie iséroise reste un secteur-clé de notre économie. Et elle n’a pas fini de se développer.

Par Véronique Granger

 

“L’Isère, c’est le berceau de la chimie française !”, rappelait Pierre Luzeau, PDG du groupe Novacap, lors de l’inauguration d’une nouvelle unité de production à Roussillon en septembre dernier. 
 
Née en 2002 de la reprise des unités de phénol et d’acétone de Rhodia, cette entreprise, qui produit des solvants pour les marchés de la santé, de la cosmétique et de l’alimentaire, a investi près de 10 millions d’euros en trois ans sur la plateforme iséroise.
 
Et elle ne compte pas s’arrêter là, avec un procédé de distillation innovant moins polluant d’un solvant oxygéné très utilisé dans le secteur pharmaceutique.
 
Créées entre 1914 et 1916 après la perte des usines du nord de la France durant la Grande Guerre, les plateformes chimiques de Roussillon et du Sud grenoblois sont des centenaires en bonne forme !
 
Venues ici pour les abondantes ressources en eau et en hydroélectricité – la production de chlore réclamant énormément d’énergie –, elles ont joué un rôle stratégique dans la production de phénol (pour les explosifs), d’acétate de cellulose (pour l’aéronautique) et de chlorure de chaux (désinfectant).
 
Dès l’armistice, les usines ont su se reconvertir pour les besoins croissants de l’agrochimie, de la santé et de la pétrochimie avant de se tourner vers la chimie de spécialités à plus forte valeur ajoutée. Mais les sites ont conservé un savoir-faire unique en France et même en Europe dans la manipulation du chlore et de ses dérivés.
 
 

> UN SAVOIR-FAIR UNIQUE DANS LA MANIPULATION DU CHLORE

 
 
Une maîtrise des procédés qui a amené l’unité de Vencorex – principal employeur de la plateforme du Pont-de-Claix avec 400 salariés – à alimenter depuis l’Isère ses sites de Thaïlande et du Texas en matières premières.
 
En connexion étroite avec la « vallée de la chimie » de Lyon, la plateforme de Roches-Roussillon bénéficie quant à elle de sa triple desserte autoroutière, ferroviaire et fluviale sur l’axe nord-sud européen. Gérée par le GIE Osiris, c’est aujourd’hui la première plateforme chimique de France avec une quinzaine d’entreprises qui mutualisent leurs besoins en énergie.
 
Des atouts qui ont convaincu l’américain Hexcel, leader mondial des composites, d’implanter ici sa nouvelle usine de fibre de carbone – un investissement de 200 millions d’euros qui a déjà créé 120 emplois. En cinq ans, pas moins de 450 millions d’euros ont été injectés sur la plateforme de Roussillon. 
 
Les usines du Sud grenoblois, qui communiquent désormais sous l’appellation commune de Grenoble Chemical Park, espèrent aussi attirer de nouvelles activités, notamment autour de la chimie de l’hydrogène, après les gros travaux de modernisation et de sécurisation de leurs installations. Soucieuse de changer son image, l’Union des industries chimiques décerne chaque année des trophées « chimie remarquable » pour valoriser les efforts réalisés.
 
“Sur les plateformes chimiques, nous avons un taux d’accident du travail dix fois inférieur à celui de la moyenne de l’industrie française, grâce à d’importants efforts de prévention”, rappelle Patrick Pouchot chez Vencorex – l’entreprise a été récompensée en 2017 dans la catégorie « santé-sécurité » pour une campagne de sensibilisation du personnel, pastichant la saga Star Wars.
 
La société Adisseo, qui emploie 350 salariés et 160 chercheurs dans la production d’additifs pour l’alimentation animale sur ses deux sites de Roches-Roussillon et de Saint-Clair-du-Rhône (distants de 10 kilomètres), était elle aussi sur le podium.
 
En choisissant le transport fluvial (via le port de Salaise-sur-Sanne) plutôt que la route pour livrer sa filiale espagnole et un client égyptien, l’entreprise a pu réduire très fortement ses émissions de CO2… et ses coûts de transport !
 
Sachant qu’elle livre 2 500 clients dans le monde depuis Roussillon, elle pourrait bien multiplier les bateaux. La chimie iséroise n’a pas fini d’innover !
 
 

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Publié le : 
03 mars 2018