AUTRANS :

AVANT ET PENDANT LES JEUX

Notre histoire

La commune d’Autrans a accueilli du 6 au 18 février 1968 les épreuves nordiques des Xe Jeux olympiques d’hiver. Un choix judicieux qui a propulsé la station du Vercors parmi les destinations incontournables pour les sports d’hiver et le tourisme vert. Comment se sont déroulés cette désignation et les Jeux sur place ? Des témoins racontent. 

Par Richard Juillet
Crédit photo : R.Juillet/ Musée dauphinois/D.Termier

 

Le 28 janvier 1964, le Comité international olympique, CIO, désignait Grenoble pour organiser les Xe Jeux olympiques d’hiver. Dans son dossier de candidature, la capitale des Alpes avait associé plusieurs stations de l’Isère pour accueillir les épreuves ne pouvant, à l’évidence, se dérouler dans Grenoble intra-muros.
 
Ainsi, Autrans, petit village de 1100 âmes, figurait parmi les sites retenus pour organiser les épreuves de ski de fond, de biathlon, de combiné nordique et de saut à ski. Une juste reconnaissance pour cette station de sports d’hiver qui, dès 1904, organisait déjà des compétitions de ski. Mais pourquoi Autrans et pas un autre site ? 
 
Dès 1960, l’envie d’organiser un événement sportif international à Grenoble taraude les édiles de la ville dont le directeur de l’office de tourisme, Pierre Bruneaux, le président du Comité régional de ski du Dauphiné, Raoul Arduin, et bien sûr le maire, Albert Michallon, qui sait pouvoir s’appuyer sur le préfet de l’Isère, Francis Raoul. « Et pourquoi pas les Jeux olympiques ? », lance un jour de décembre Raoul Arduin. D’autant que Grenoble est jumelée avec Innsbruck qui les accueillera en 1964 ».
 
L’idée fait rapidement le tour des massifs de l’Isère, où les maires des stations jouent des coudes pour être de la partie. L’Alpe-d’Huez, Autrans, Chamrousse, Les Deux Alpes, Méaudre ou encore Villard-de-Lans ne peuvent être les « oubliées » de ce projet !
 
Mais Autrans a une longueur d’avance. « En premier lieu, sportivement, avec une longue tradition d’accueil des équipes de France de ski de fond dès les années 1950, souligne l’ancien sénateur-maire d’Autrans, Jean Faure. Mais aussi, grâce à un personnage à triple casquette, Paul Repellin, à la fois l’adjoint de Raoul Arduin au comité pour la pratique des disciplines nordiques, président de l’Union sportive autranaise et adjoint-au-maire d’Autrans. De fait, il était immédiatement au courant de toutes les discussions », poursuit Jean Faure.
 
Très rapidement, il persuade le maire de l’époque, Henri Barnier, de faire voter un vœu en conseil municipal favorable à l’accueil des JO. En 1963, il fait construire un tremplin sur le site de Claret pour positionner la commune sur le terrain des sauts et des disciplines nordiques. Dans la foulée, les agriculteurs d’Autrans sont également invités à se former à l’accueil touristique et à ouvrir des chambres d’hôtes pour élargir l’offre d’hébergement.
 
« Avant les JO, on accueillait principalement des classes de neige, se souvient Nénette Morel, propriétaire de l’hôtel-restaurant Le Chalet suisse. Il y avait bien quelques hôtels, Ma Chaumière, La Soldanelle, mais certainement pas assez au regard de l’événement qui s’annonçait. »
 
Surviennent alors les arbitrages et comme prévu, Autrans obtient les sauts et toutes les disciplines nordiques. Ne reste alors qu’attendre la décision du CIO
 
 
 

> ET LA VASQUE S'EMBRASA
 

Une fois Grenoble désignée, le comité d’organisation engage deux spécialistes, messieurs Wurth et Kreyenbuhl, pour creuser les tremplins de sauts et tracer les pistes de fond. Les aménagements démarrent. La principale route d’accès au Vercors, par Sassenage et Engins, est rectifiée à maints endroits et un tunnel détruit au niveau de la Grande Rivoire.
 
Pour éviter aux athlètes des allers-retours préjudiciables entre Grenoble et Autrans, un village olympique est bâti sur place et des centres de vacances sont rénovés pour accueillir les délégations. Au total, 800 lits sont créés qui s’ajoutent aux hébergements privés. Mobilisés comme jamais, les Autranais, élus, moniteurs et bénévoles sont fin prêts pour recevoir le monde entier. Le 6 février au soir, tout s’emballe. 
 
Loulou Morel, créateur en 1952 de l’école de ski d’Autrans, tend la torche olympique à Armand Reymond, le sportif le plus capé d’Autrans, qui s’approche de la vasque. « Soudain, elle s’embrase, soulevant dans la foule en extase une vague de joie manifeste, se remémore Denys Termier, 25 ans à l’époque, embauché comme barman au Chalet suisseAu même instant, tous les « pas », toutes les montagnes d’Autrans s’allument de feux mystérieux, héritage des feux de la Saint-Jean. Les caméras des télévisions ne savent où tourner leurs objectifs. Ce soir, je prends la mesure de l’événement. »
 
La fête durera treize jours. Joseph Chabert, 96 printemps aujourd’hui, s’impliquera comme mesureur des sauts à ski et dameur des pistes de fond avec les gardes des Eaux et forêts. Son fils Denis, 14 ans à l’époque, en classe au lycée Vaucanson à Grenoble se souvient des quinze jours de vacances accordées à tous les élèves.
 
Quant à Jean Faure, qui gérait le village olympique et « sortait » 2 500 repas par jour, il a toujours en mémoire, comme de nombreux Autranais, cette sympathique skieuse suédoise, Toini Gustafsson, triple médaillée, devenue la coqueluche du village ainsi que ces géants scandinaves se roulant, nus, dans la neige, en sortant du sauna.
 
Un vrai choc culturel à l’époque !
 

 

 REPÈRES 

DES SKISTES... À LA FOULÉE BLANCHE

Le 1er mars 1896, Autrans a été le premier village de France visité par les « skistes » du tout jeune Ski-Club des Alpes, créé en 1895 – le mot skieur n’ayant pas encore été inventé.

Très vite, chasseurs alpins, gardes forestiers et amoureux de montagne en mal de sensations fortes s’emparent de l’invention et chaussent ces planches recourbées permettant de se déplacer plus rapidement que les raquettes à neige.

Dès 1904, des compétitions sont organisées à Autrans. En 1920, l’Union sportive autranaise est créée et, depuis 1979, la station organise la célèbre Foulée blanche. 

Source : L'Épopée du ski“. Yves Ballu.

 EN IMAGES : AUTRANS, AVANT ET PENDANT LES JEUX 

Albert Michallon, maire de Grenoble, le 28 janvier 1964, lors de l’obtention des Xe Olympiades d’hiver. À droite, Raoul Arduin.
Témoins d’hier et d’aujourd’hui, de gauche à droite : Nénette Morel, Joseph Chabert, Jean Faure, Denys Termier et Denis Chabert.
Vue d’Autrans avant les Jeux.
Le 6 février 1968, Loulou Morel, créateur de l’école de ski d’Autrans, porte la torche olympique.
Il la remettra à Armand Reymond, le sportif le plus capé d’Autrans, qui embrasera la vasque. Les Jeux sont ouverts.
Un laisser-passer pour assister aux épreuves de ski de fond.
Épreuve de ski de fond, avec le village olympique en arrière-plan et, à gauche, l’espace de sauts.
Épreuve de ski de fond : le relais 4 x 10 km hommes.
Pour éviter que les fondeurs se croisent, des ponts en bois ont été créés pour supporter les pistes.
Arrivée du dernier relayeur norvégien du relais 4 x 10 km. En arrière-plan, les gradins sont remplis de spectateurs. Les Norvégiens remporteront la médaille d’or de cette épreuve.
Un skieur franchit la ligne d'arrivée. Pour la première fois dans l’histoire des Jeux olympiques, la publicité fait son apparition. Ici, des banderoles de la marque Longines.
Autrans, ce sont aussi des épreuves de biathlon...
… avec un concurrent canadien.
Et enfin des épreuves de saut à ski sur tremplin de 70 mètres.
Un technicien en train de farter des skis.
Le tremplin de saut à ski d’Autrans.
Un skieur en vol.
Au centre, la fondeuse suédoise, Toini Gustafsson, triple médaillée et coqueluche d’Autrans.

 ZOOM 

QUAND AUTRANS PERD LE GRAND TREMPLIN

En 1966, François Missoffe, ministre des Sports, est invité à visiter les sites olympiques associés à Grenoble. En revenant d’Autrans, les membres du comité d’organisation lui font curieusement emprunter la route de Saint-Nizier-du-Moucherotte et non celle desservant Lans-en-Vercors et Engins.

Subjugué par la vue, il s’interroge alors sur l’opportunité de laisser à Autrans toutes les épreuves de saut comme cela était initialement prévu. Sur-le-champ, il impose que l’on construise le grand tremplin à Saint-Nizier-du-Moucherotte… malgré la présence d’un brouillard récurrent. Mais on ne contredit pas un ministre du général de Gaulle !

Saint-Nizier devient ainsi site olympique. « Un choix de prestige, mais à haut risque », soupirent encore les Autranais.

 
 

 VIDÉOS : TOINI GUSTAFSSON / AUTRANS FÊTE LES JO  

 

Publié le : 
03 mars 2018