VISITEURS

DE FLEURS

Grandeur nature

Sans leur travail, nous ne pourrions pas savourer la plupart des fruits et légumes que nous connaissons. Indispensables et fragiles, les insectes pollinisateurs représentent plusieurs milliers d’espèces en Isère. Rencontres avec ces visiteurs de fleurs. 

Par Sandrine Anselmetti
Crédits photos : Flavia-APE ; J.Y Esnault ; J. Chemin
 

 

Ils inspirent souvent de l’indifférence, de la crainte, voire du dégoût. Généralement peu appréciés et méconnus, les insectes sont pourtant indispensables au bon fonctionnement des écosystèmes et à notre équilibre.
 
À commencer par les précieux pollinisateurs. Sous cette appellation se cache tout un petit monde discret mais essentiel, qui assure une fonction vitale sur la planète : la pollinisation (voir encadré).
 
Le résultat ? Tomates, cerises, courges, pommes, mais aussi café, épices, carottes ou oignons… Autrement dit, de quoi remplir nos assiettes ! Trente-cinq pourcents de ce que nous mangeons est lié à l’action des pollinisateurs. Et au total, 80 % des plantes à fleurs sur la planète dépendent directement de la pollinisation par les insectes.
 
Les champions de la pollinisation sont les bourdons et les abeilles (groupe des hyménoptères). La plus connue est bien sûr l’abeille domestique, productrice de miel. Mais ce n’est qu’une espèce parmi de nombreuses autres ! En France, on recense 1 000 espèces d’abeilles sauvages, dont 700 présentes dans les Alpes. 
 
Autres pollinisateurs, plus discrets : les diptères, groupe auquel appartiennent les mouches, dont certains ressemblent à de petites guêpes, comme les syrphes. L’Hexagone compte 8 000 espèces de diptères ! Ils jouent un rôle important dans la pollinisation des petites fleurs, moins attractives pour les gros pollinisateurs. Et ce sont eux qui participent le plus à la pollinisation en montagne.
 
Les pollinisateurs les plus fascinants sont probablement les papillons, ou lépidoptères. De nombreuses espèces butinent les fleurs en forme de tube grâce à leur longue trompe, enroulée en spirale au repos. On connaît 5 600 espèces de papillons de jour et de nuit en France, dont la moitié est présente en Isère. 
 
Diverses espèces de coléoptères, comme la cétoine dorée, sont aussi des pollinisateurs, mais moins efficaces que les autres groupes. Coléoptère signifie « ailes dans un étui » : ils se distinguent par leurs ailes antérieures dures et rigides, qui forment une carapace.
 
 

> UNE HÉCATOMBE SILENCIEUSE

 

Malgré leur rôle vital, les populations d’insectes pollinisateurs sont en chute libre.
 
En cause : l’urbanisation, les cultures intensives, notamment les « déserts verts » de monocultures, l’emploi irraisonné de pesticides et d’insecticides, la raréfaction des haies sauvages et des terrains en friche… Les insectes manquent de ressources en fleurs (or la plupart des abeilles butinent à moins de 300 mètres de leur nid).
 
En octobre dernier, une étude allemande a fait grand bruit : en trente ans, près de 80 % des insectes auraient disparu dans les zones protégées du pays !
 
Une étude qui confirme ce que de nombreux chercheurs constatent depuis plusieurs années également en France.
 
 

ZOOM

 

> VOUS AUSSI AGISSEZ !


Cinq gestes à faire chez soi pour protéger les insectes pollinisateurs 
 
  • Planter des plantes mellifères, c’est-à-dire productrices de nectar (bleuet, pommier, tilleul, lavande…) dans son jardin ou sur son balcon.
  • Diversifier les espèces, de façon à avoir des périodes de floraison toute l’année et pour qu’elles conviennent à différents insectes. 
  • Jardiner sans pesticides.
  • Conserver des milieux naturels favorables aux pollinisateurs : prairie ou gazon fleuris, talus enherbés, bandes fleuries…
  • Planter des haies d’essences locales.

 

DES INSECTES POLLINISATEURS EN IMAGES 

L’andrène, ou « abeille des sables », récolte le pollen grâce aux   poils très denses de ses pattes postérieures.
Le moro-sphinx, ou « spinx colibri », est un papillon de jour possédant une très longue trompe pour butiner les fleurs en vol stationnaire, à la manière des oiseaux-mouches
La cétoine dorée fait partie des coléoptères floricoles, consommateurs de pollen.
Une tephritide ou « mouche à fruit - terellia tussilaginis - sur une fleur de bardane.
Le damier de la succise est un papillon rare et menacé, protégé au niveau européen.
Comme les abeilles sauvages et domestiques, le bourdon, plus velu, prélève du pollen pour nourrir sa progéniture.

REPÈRES

 

> LA POLLINISATION PAR LES INSECTES

 

Attirés par la forme, la couleur et l’odeur des fleurs, les insectes pollinisateurs sont à la recherche de nourriture pour eux ou leur progéniture : ils viennent prélever le nectar ou le pollen.

En butinant, ils transportent involontairement le pollen d’une fleur à une autre. Et lorsqu’un grain de pollen (gamète mâle) est déposé sur le pistil (organe femelle) d’une fleur de la même espèce, la fécondation a lieu.

Se forme alors un fruit contenant des graines, et la plante peut se reproduire…

 

Publié le : 
06 juin 2018