L'HYDROÉLECTRICITÉ

A DE L'AVENIR

Economie

Cent ans après Aristide Bergès, le potentiel de cette énergie propre et renouvelable, issue de la force de l’eau de montagne, est loin d’être épuisé.

Par Véronique Granger

  • Le barrage de Grand Maison, dans l’Oisans, est le plus grand de France.

 

De l’eau mue par la force d’un torrent couplée à une dynamo pour produire en abondance de l’énergie électrique…
 
Pionnier de l’hydroélectricité, le papetier Aristide Bergès a été aussi à la source du développement industriel de nos vallées, avec Keller et d’autres ingénieurs de génie ! 
 
Cent ans après, à l’ère de la transition énergétique, la « houille blanche » n’a rien perdu de son intérêt et connaît même une croissance partout dans le monde, avec des turbines toujours plus performantes et des aménagements moins coûteux.
 
“C’est une énergie verte, compétitive, disponible, stockable et flexible, au cœur des enjeux du XXIe siècle”, assure Roland Vidil, président de l’association Hydro 21, à Grenoble, qui regroupe une trentaine d’industriels décidés à promouvoir cette filière d’excellence.  
 
 
 

> DES COMPÉTENCES UNIQUES EN INGÉNIERIE
 

Si les débouchés sont essentiellement à l’export, en Asie, en Afrique ou au Brésil, le marché français reste loin d’être exploité. Le plus grand chantier national hydroélectrique se situe d’ailleurs en Isère, dans la vallée de la Romanche : EDF construit une centrale souterraine de 92 MW qui produira 560 GWh/an, soit 30 % de plus que les six centrales datant du XIXe siècle. 
 
Avec 1 200 hydrauliciens en Isère et 38 centrales, l’énergéticien national tire toute la filière : “Chaque année, on apporte 80 millions d’euros de chiffre d’affaires à près de 900 entreprises iséroises”, rappelle Manuel Lenas, directeur d’EDF Une Rivière Un Territoire Isère Drôme. 
 
GEG, l’ancienne régie municipale de Grenoble, créée en 1946, aujourd’hui sixième producteur d’énergie national, mise aussi de longue date sur l’hydroélectricité : il exploite 11 centrales d’une puissance de 23 MW.
 
Plus récemment, le champion olympique de canoë pyrénéen Frank Adisson, reconverti dans l’énergie hydraulique, affiche aussi des ambitions fortes dans la région. Après la fermeture des Papeteries de Lancey, il a racheté en 2014 les six centrales hydroélectriques construites par Aristide Bergès.
 
L’an dernier, il reprenait aussi Asco Énergie, qui alimentait autrefois les forges d’Ascometal dans la vallée du Haut-Bréda. Avec 19 centrales dans les Alpes, dont neuf dans le massif de Belledonne, il totalise une puissance de 300 MW. De quoi alimenter 300 000 foyers en électricité verte.
 
L’Isère dispose aussi d’un savoir-faire séculaire dans l’ingénierie hydraulique et la fabrication de turbines. En rachetant Alstom Energy en 2015, l’américain General Electric Renewable Energy, leader mondial du secteur, a ainsi hérité d’une activité historique issue de Neyrpic. Siège mondial pour la division « hydro », le site compte actuellement 800 salariés, dont 345 sont concernés par un plan de restructuration en cours.
 
Le 21 juin dernier, le président du Département, Jean-Pierre Barbier, a écrit au Gouvernement pour qu’il rappelle à General Electric les engagements pris, notamment sur le volet de l’emploi, pour permettre le rachat des actifs d’Alstom. Selon la direction du groupe toutefois, les activités de conception, d’ingénierie et le laboratoire d’essais (unique au monde) resteront ancrés en Isère.
 
“L’ingénierie est l’un de nos points forts”, rappelle Roland Vidil. Le groupe Artelia (ex-Sogreah), qui conçoit des ouvrages hydrauliques, rayonne ainsi dans le monde entier depuis son siège d’Échirolles.
 
À l’ère 4.0, l’hydroélectricité est aussi en pleine transformation avec les nouvelles technologies numériques qui décuplent le rendement sur de toutes petites chutes d’eau, loin des grands barrages. Hydroliennes fluviales ou maritimes d’HydroQuest, pico-turbines… Une nouvelle filière pourrait émerger en Isère.
 
Impulsées il y a deux ans par des PME iséroises du secteur, comme CIC Orio ou Battaglino, les rencontres Business Hydro, pilotées par Hydro 21 avec le soutien du Département de l’Isère, visent à lui donner une visibilité internationale. Le succès de la seconde édition, en juin dernier (500 participants et 40 exposants), présage un bel avenir !
 

 

QUELQUES OUVRAGES HYDROÉLECTRIQUES EN ISÈRE

Le barrage de Grand Maison, dans l’Oisans.
La centrale de Grand Maison est la plus puissante de France.
Le musée Hydrélec d’EDF à Vaujany raconte l’épopée de cette énergie.
La centrale de Porcieu-Amblagnieu, au fil du Rhône.
Le barrage de Monteynard-Avignonet, sur le Drac.
La centrale de Romanche-Gavet, actuellement en chantier, produira 560 GW/h par an.

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  • Frank Adisson, président de la société Nouvelles Énergies Hydrauliques (NEH)

Frank Adisson, président de la société Nouvelles Énergies Hydrauliques (NEH) 

 

>  DE L'OR OLYMPIQUE À L'OR VERT

Le Pyrénéen Frank Adisson a ressenti très tôt l’appel de l’eau vive : il est champion olympique de canoë, médaillé d’or à Atlanta en 1996.
 
Reconverti dans le business de l’hydroélectricité, cet entrepreneur a gardé l’esprit de compétition : en 2006, il a obtenu avec ses associés la concession de l’État pour exploiter le torrent de la Séveraisse dans les Hautes-Alpes face au géant EDF ! 
 
NEH, le groupe qu’il a créé, a ensuite racheté en 2014 les six centrales construites au XIXe siècle par Aristide Bergès pour alimenter les papeteries de Lancey, qui avaient fermé leurs portes quelques années auparavant après cent quarante ans de service.
 
L’an dernier, il a ensuite repris l’ex-centrale d’Ascometal à Pinsot (10 salariés), qui faisait tourner les forges d’Allevard dans la vallée du Haut-Breda. Avec 33 salariés et 19 centrales en exploitation dans le sillon alpin et une production moyenne de 300 GWh, NEH est aujourd’hui l’un des premiers producteurs indépendants d’hydroélectricité, capable de fournir en électricité 100 000 foyers (hors chauffage). 
 
En juillet dernier, le groupe a signé un contrat exclusif avec Enercoop, fournisseur coopératif qui s’engage à proposer une énergie 100  % propre et équitable à ses clients-sociétaires.
 
“L’hydroélectricité est une industrie hautement capitalistique qui nécessite des millions d’euros. Mais j’investis pour l’avenir en pensant à mes enfants et non au profit à court terme. On garde notre esprit militant”, assure l’ancien athlète de haut niveau.
 

EN VIDÉO

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  • Jean-François Simon, fondateur de la société HydroQuest

Jean-François Simon, fondateur de la société HydroQuest

 

>  HYDROQUEST : LES HYDROLIENNES ONT LE VENT EN POUPE !

Plongez une éolienne dans l’eau, la tête en bas : cela fait une hydrolienne. Ajoutez-lui un second axe pour doubler son rendement.
 
Après dix ans de recherche au sein de laboratoires grenoblois, protégé par neuf brevets, Jean-François Simon a créé la société HydroQuest en 2010 à Meylan pour industrialiser ce concept, en partenariat avec le chantier naval de Cherbourg, qui construit les machines. 
 
Sept ans plus tard l’entreprise emploie 15 salariés (auxquels s’ajoutent cinq personnes en Normandie). Ses hydroliennes fluviales ont fait leurs preuves dans la région, à Pont-de-Claix sur le Drac, ou dans la forêt de Guyane.
 
À Orléans, la toute première était connectée au réseau électrique français. Une étape supplémentaire sera franchie d’ici à quelques mois, en 2018, avec les fermes hydroliennes : un ensemble d’hydroliennes immergées, rattachées à une barge flottante.
 
Une première ferme sera ainsi en exploitation sur le Rhône, à Caluire, puis une seconde dans l’Ain avec la Compagnie nationale du Rhône (CNR) avec 39 hydroliennes, d’une puissance de 2 MW.
 
“Avec cela, on ne remplace pas un barrage, reconnaît Jean-François Simon. Mais on peut alimenter tout un village en continu en milieu rural, avec un impact très limité sur l’environnement. Le projet sera une vitrine à l’export et notamment pour les pays émergents.”
 
Mais les hydroliennes n’ont pas dit leur dernier mot en termes de puissance : HydroQuest développe en parallèle une hydrolienne maritime, exploitant cette fois la force des marées.
 
Le prototype, en cours de construction à Cherbourg, pèse 800 tonnes et dispose d’une capacité de 1 MW. Selon EDF, très intéressé par cette énergie, le potentiel pour les seules côtes françaises serait de 2,5 GW : autant que 12 réacteurs nucléaires !

 

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Publié le : 
11 novembre 2017